1978-11-11 - l'hôtel Hilton à Paris

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1978-11-11 - l'hôtel Hilton à Paris

Message  gillouman le Mar 14 Déc - 23:47

Dans une suite de l'hôtel Hilton à Paris, Bob Marley revient sur ses débuts avec les Wailers et définit succinctement les grands principes du mouvement rastafari.

L'intérêt de cette interview donnée par Bob Marley au journaliste Patrice Blanc-Francart dans le cadre de l'émission « Chorus » du 19 novembre 1978 tient surtout en ce qu'elle acte le moment où la télévision française prend enfin la mesure de l'émergence du mouvement reggae, en offrant la parole à son principal représentant. Même si Blanc-Francart présente Marley, invité à Paris à l'occasion de la remise de deux disques d'or pour ses disques Kaya et Rastaman Vibration, comme la « superstar du reggae », de toute évidence le Jamaïcain n'est pas encore installé dans l'esprit des Français comme l'une des figures majeures de la pop internationale.

Cette interview a donc principalement pour objectif de permettre à Marley de présenter sa musique, en revenant sur les différentes étapes de sa carrière depuis les premiers temps des Wailers à Kingston en 1963 jusqu'au succès de Catch a Fire dix ans plus tard, mais aussi de s'expliquer sur les doctrines du mouvement rastafari au cœur de sa pratique musicale. Au-delà du folklore (la drogue, curieusement non abordée dans l'entretien), Marley développe autour de quelques motifs métaphoriques («Babylone» en tant que système de domination, « Sion » comme l'espace de la communication avec Dieu) un discours politique argumenté et résolument anti-impérialiste résumé d'une formule : « être Rasta c'est se battre toute sa vie, pour la vie. » L'extrait se termine sur la notion ésotérique de Nayabingi, cette musique mystique où l'harmonie spirituelle serait réalisée, rappelant que dans la pensée rasta, philosophie, religion et politique demeurent inextricablement liées.

Patrice Blanc-Francart

Devant vous, les remparts d'une des plus imposantes forteresses de Babylone. Allez, je parle un petit peu en langage reggae mais c'est la magie qui agit. Ça veut dire simplement qu'on est dans le XVème arrondissement de Paris et que c'est un grand hôtel américain dans lequel est descendue la superstar du reggae, Bob Marley, pour recevoir deux disques d'or, ni plus ni moins, pour ses deux derniers albums Kaya et Rastaman Vibration. Et c'est une bonne occasion pour parler avec Bob Marley du reggae et des débuts des Wailers. When was the beginning ?

Bob Marley

..Le début, c'était 1963.

Patrice Blanc-Francart

Was it in Kingston ?

Bob Marley

...Oui Kingston, Kingston Trenchtown. On était un petit groupe a être ensemble. Et un jour, on est tombé sur un professionnel qui nous a aidés. C'était Joe Higgs. C'est lui qui nous a fait répéter, qui nous a améliorés, et c'est grâce à lui qu'on a pu enregistrer le tout premier disque, en 1963.

Patrice Blanc-Francart

Quand est-ce que vous avez commencé à sentir le succès vraiment venir ?

Bob Marley

....Ce n'est pas tellement le succès, l'envie du succès, mais arriver à faire connaître notre musique. C'était en 73, dix ans après, avec l'album Catch a fire et puis ensuite Burning et Natty Dread.

Patrice Blanc-Francart

Le nouvel album, c'est un double album live.

Bob Marley

...Il s'appelle Babylone by bus.

Patrice Blanc-Francart

Vous pourriez expliquer pourquoi ce titre ?

Bob Marley

... Babylone, c'est un système qui tue les gens, mais le Rasta, c'est celui qui dit que tu dois vivre, aller à Sion.

Patrice Blanc-Francart

Qu'est-ce que c'est, Sion ? Où c'est ? C'est en Ethiopie ?

Bob Marley

... Non, Sion, c'est là où on peut trouver la paix, la bonté, la communication avec Dieu. Ca peut-être l'endroit où tu veux à condition que tu trouves cette bonté et cette paix et cette communication avec Dieu.

Patrice Blanc-Francart

C'est ça que ça veut dire Bob, vous êtes un Rasta ?

Bob Marley

........Oui.

Patrice Blanc-Francart

Qu'est-ce que ça veut dire ? Quelles règles de vie ?

Bob Marley

Je dirais que c'est se battre. Etre un Rasta, ça veut dire se battre toute sa vie.

Patrice Blanc-Francart

Vous pensez qu'il y a beaucoup de violence dans la vie quotidienne en Jamaïque, à Kingston ?

Bob Marley

....Violence ? Non, je pense que la violence est internationale. La violence est créée par des groupes qui commandent des guerres pour gagner de l'argent.

Patrice Blanc-Francart

Dans une interview d'un journal anglais, The Melody Maker, il y a à peu près un an et demi, vous avez répondu à des critiques qui vous demandaient ce que vous feriez devant la commercialisation du reggae. Et vous leur avez répondu : « On leur amènera le Nayabingi ». Qu'est-ce que ça veut dire, Nayabingi ?

Bob Marley

.....Nayabingi veut dire Mort aux oppresseurs noirs et blancs. C'est la musique la plus spirituelle qui existe, musique très spirituelle. C'est l'endroit le plus haut qu'on puisse atteindre en musique, le Nayabingi.

Patrice Blanc-Francart

Est-ce qu'on pourrait appeler ça le reggae des racines ?

Bob Marley

....Ce n'est pas le reggae, c'est le Nayabingi.
C'est au-delà du reggae

Patrice Blanc-Francart

.....Ça pourrait être la forme la plus pure de musique jamaïcaine?

Bob Marley

Ça peut être la forme la plus pure de musique tout court.
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