Bob Marley (1945-1981) (rediffusion de l'émission du 9 octobre 2008) France Culture

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Bob Marley (1945-1981) (rediffusion de l'émission du 9 octobre 2008) France Culture

Message  gillouman le Mer 8 Fév - 9:58

par Elodie Maillot Réalisation : Pascale Rayet.

Il est aujourd’hui presque aussi connu que le Che ou le Christ, avec qui il partage certaines allures prophétiques, rebelles et définitivement proches de « ceux qui souffrent ». Bien avant que la mondialisation ne soit pensée, analysée ou contestée, Bob Marley a été l’un des premiers artistes à évoquer les « déplacements de peuples et de matériaux», l’oppression d’un système unique qu’il appelle « Babylone » et la nécessité d’accomplir un retour en Terre Promise. Né d’une union illégitime entre un capitaine Blanc cinquantenaire et une jeune mineure noire, Bob Marley a dès sa naissance incarné une confrontation historique et sociale encore difficile à aborder dans sa Jamaïque natale : la rencontre entre l’Afrique, le poids de l’esclavage et la domination coloniale. « Avec un tee-shirt Bob Marley, tu peux entrer dans n’importe quel quartier chic ou ghetto du monde » commentait Manu Chao en parlant de l’icône Marley. Si le pape du reggae, première superstar issue du Tiers-Monde a gardé une telle aura par-delà les barrières sociales, c’est bien parce qu’au-delà de son statut métis, ses chansons ont su imposer une philosophie novatrice, injectant un peu de sacré dans le monde profane du rock et une dose de panafricanisme et de politique dans le divertissement. Plus d’un demi-siècle après sa mort à 36 ans, le 11 mai 1981, la puissance musicale de ses chansons fait qu’elle sont encore jouées, remixées, reprises et traduites chaque jour aux quatre coins du globe. Entre proverbes, prophéties, confessions et analyses, son regard sur le monde garde encore une certaine acuité… peut-être parce que les lignes de cet humaniste puisaient allégrement dans la Sainte Bible qu’il lisait chaque jour, autant que dans la sagesse populaire qu’il a cultivée dans le quartier malfamé de "Trenchtown " qui l’a vu grandir. Construit en 1951 après un cyclone, ce secteur de Kingston reste le théâtre d'affrontements armés, mais il est aussi un creuset culturel, un vivier pour musiciens et rastas. Marley y a rencontré ses futurs confrères Bunny Livingston Wailer, Peter Tosh, ainsi que son premier mentor musical Joe Higgs. Dès lors, il y peaufinera presque à l’infini les centaines de chansons qui feront son succès des années plus tard, notamment après sa rencontre avec un producteur, Chris Blackwell, qui décide de « vendre » Bob Marley et les Wailers au monde entier comme le premier groupe de rock noir. Parmi les influences moins connues qui ont également façonné la carrière et l’œuvre de Marley, il y a également Johnny Nash, chanteur pop américain qui “découvre” Bob Marley en 1968 à Kingston lors d'un grounation (un rassemblement religieux Rasta) et le signe aussitôt sur son label, JAD Records, puis l’embarque en Suède et en Angleterre. Sans jamais renier l’inspiration de Marcus Garvey, penseur jamaïcian précurseur du panafricanisme, ni sa dévotion pour l’Empereur Hailé Selassié (Ras TafarI) considéré comme un Dieu vivant par les rastas, le légendaire rastaman a fini par conquérir les scène du monde entier, du Japon à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Afrique et l’Amérique, où il croisa entre autres, le public de Lionel Richie, Marvin Gaye, des Stones ou de Bruce Springsteen… Sur scène, Marley réussit même à réconcilier deux opposants politiques légendaires en Jamaïque, à l'issue de huit heures de show. Deux mois après ce concert, il reçut la Médaille de la Paix à l'ONU. Et quand la Rhodésie devint Zimbabwe en avril 1980, il fut l'invité vedette de Robert Mugabe à Harare. Il dépensa 250 000 dollars pour faire venir des éclairages, des sonos et une scène dans une nation qui n'avait pas vu de concert depuis plus de 20 ans. Entre Bible et analyse politique, l’Afrique pouvait-elle devenir la Terre Promise dont Bob Marley rêvait lorsqu’il chantait Exodus ?

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Hélène Lee, réalisatrice du film "Le premier rasta"
Giulia Bonacci, historienne, chargée de recherche à l'IRD (Institut de recherche pour le développement).
Francis Dordor, journaliste
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